Lettre aux
militants
3 novembre 2008
Chers toutes et tous,
On voudrait nous faire croire que le vote que nous allons faire jeudi est anodin, comme si les élections américaines devaient absorber tous les regards.
Mais non ! Ce vote est très important, historique même, et vous avez une responsabilité essentielle. N'oublions jamais que dans de nombreux pays des hommes et des femmes risquent leur vie pour créer des partis libres. Nous qui avons la chance de pouvoir agir, faisons-le, et je vous appelle à participer très nombreux à ce vote.
Car même si les Français ne comprennent pas toujours nos procédures, ce vote du Congrès va dire ce que l'avenir de la gauche sera.
Oui ou non, voulons-nous écrire une nouvelle page de notre histoire, vibrante et populaire ?
Oui ou non, notre parti va-t-il enfin bouger ?
Oui ou non, la nouvelle génération que nous poussons en avant va-t-elle pouvoir prendre ses responsabilités ?
Oui ou non, le peuple que j'ai vu tellement présent et attentif au cours de ces derniers mois, va-t-il venir vers nous parce que nous saurons lui redonner de l'espoir ?
L'histoire nous enseigne que les civilisations sont mortelles. Pourquoi en serait-il autrement pour un parti ? Comme l'ont dit les femmes salariées de la Camif, les ouvriers de Ford et bien d'autres : « Le PS peut disparaître s'il s'éloigne du peuple. »
Même si ces mots nous secouent, il faut les entendre. Alors secouons-nous. Ne retournons pas à la case départ. Choisissons l'avenir. Donnons-nous un temps d'avance.
Nous n'avons pas le droit d'être faibles ou de disparaître au moment où la France a besoin de nous. N'oublions jamais la confiance que dix-sept millions de Français ont placée en nous, et pensons aussi à toutes celles et ceux cruellement déçus par une droite dont l'insolence le dispute à l'incompétence.
Aujourd'hui l'Amérique métissée assume son histoire. Et nous? Pourquoi renoncer à tendre la main à la France métissée qui a tant cru en nous et ne demande qu'à revenir vers nous ? N'y renonçons pas. Nous le ferons.
Imaginons que les Français, grâce à nous, se ré-intéressent à la politique.
Imaginons qu'on leur donne, nous socialistes, les clefs pour comprendre le monde et donc peser sur les choix de société.
Imaginons que nous apportions au mouvement social notre énergie pour inverser les rapports de force entre le capital et le travail.
Imaginons un parti dans lequel le coût de l'adhésion, désormais très modique, permettrait à la jeunesse, aux employés, aux ouvriers, aux petits retraités, de venir nous rejoindre.
Il faut oser un parti tellement uni et où les militants sont tellement respectés que lorsqu'ils désignent un ou une candidate, tous les autres font campagne pour la victoire. C'est possible, comme viennent de le montrer les forces qui se sont rangées autour de Barack Obama.
Il faut oser tout transformer pour mieux atteindre notre objectif. Quel est cet objectif ? Humaniser le monde. Agir pour que les valeurs humaines s'imposent toujours sur le cynisme financier. Un bout de changement ne suffira pas. Les tumultes actuels le prouvent.
Deux millions d'Italiens se sont levés contre Silvio Berlusconi et sa politique de destruction de l'éducation publique et laïque.
Je vous assure que nous sommes capables d'en faire autant. A condition de le vouloir.
Jeudi 6 novembre, vous pouvez le faire : votez pour une transformation radicale, sereine et utile.
Cette transformation que la droite redoute. Mais une transformation que les Français, notamment ceux qui souffrent, attendent de nous, parfois désespérément.
Oui, nous le voulons ! Oui, nous le pouvons ! En avant !
Fidèlement,
Amitiés socialistes,
Ségolène
Ségolène Royal était l'invitée du Grand Jury RTL / LCI / Le Figaro. Ecouter l'interview

http://www.leparisien.fr/politique/pourquoi-royal-peut-gagner-24-10-2008-287323.php
Pourquoi Royal peut gagner
Profitant de la
mauvaise campagne de Bertrand Delanoë et de la faible mobilisation des militants, l'ex-candidate à la présidentielle pourrait bien rafler la mise, dans quinze jours, lors du vote sur les
motions.
Rosalie Lucas et Philippe Martinat | 24.10.2008, 07h00

ET SI LA MOTION de Ségolène Royal arrivait en tête le 6 novembre ? A quinze jours du vote des militants socialistes, cette hypothèse est désormais prise très au sérieux dans toutes les « écuries
» socialistes.
La mauvaise séquence de Delanoë. Ces dernières semaines, le maire de Paris a cumulé les déconvenues. Parti, peut-être, trop confiant, Bertrand Delanoë a fait une campagne solitaire (en marginalisant François Hollande) et a minima. Le 7 octobre, lors de l'assemblée générale de la fédération de Paris, il s'est laissé ravir la vedette par Benoît Hamon. Mauvais signal. Quelques jours plus tard, il s'esquive au Québec pour le congrès des villes francophones, pendant que ses rivaux sillonnent la France pour convaincre les militants. A son retour, Delanoë ne parvient toujours pas à se débarrasser de l'étiquette de « libéral » qu'il s'était lui-même collée dans son livre « De l'audace ! ».
«Si on continue sur cette lancée, on risque même d'être dépassés par Aubry »
Un lourd handicap alors que la crise du système capitaliste fait partout la une. Et, pour couronner le tout, le maire de Paris s'empêtre, en changeant de position, dans la polémique sur le service minimum et l'accueil des enfants à l'école les jours de grève. L'absence de dynamique pour la motion A se ressent dans les meetings où les militants ne se bousculent pas. « Alors qu'on était pointé en tête, on est parti pour être deuxième derrière Royal, s'énerve un supporteur du maire de Paris. Mais si on continue sur cette lancée, on risque même d'être dépassés par Aubry. » Le doute gagne. « Depuis quelques jours, on sent que les représentants de la motion A deviennent agressifs dans les réunions », constate le « royaliste » David Assouline.
Les mathématiques en faveur de Royal. Coincé dans un calendrier international (la crise financière, les élections américaines le 4 novembre) qui relativise beaucoup la bataille pour la succession de François Hollande, le congrès de Reims ne passionne pas les foules. Résultat : le nombre de votants, qui plafonnait à 105 026 au congrès du Mans, en 2005, pourrait stagner, malgré l'augmentation des effectifs au moment de la présidentielle. Un cas de figure qui profiterait à Royal et Aubry qui peuvent s'appuyer sur les grosses fédérations (Bouches-du-Rhône, Hérault et Aude pour la première, Nord et Pas-de-Calais pour la seconde) réputées « bien tenues », c'est-à-dire où l'on vote comme un seul homme ou presque...
« On ne se sent pas du tout challenger »
« Dans les Bouches-du-Rhône, on nous a assuré qu'on ferait le même score que la petite motion Utopia », se crispe l'un des lieutenants de Delanoë. Au jeu des signatures d'adhérents recueillies par les différentes motions, l'ex-candidate à la présidentielle est, en tout cas, loin devant avec plus de 10 000 noms. Aubry en capitalise près de 8 000 quand Delanoë serait autour de 5 000. Même dans la capitale, le maire de Paris est bousculé, Royal ayant deux fois plus de soutien que lui. « Cela ne veut rien dire, se défend le premier fédéral Patrick Bloche, puisque nous n'avons pas fait de campagne de signatures. »
Portée par le contexte de crise, l'équipe Aubry engrange, elle aussi, ce qui réduit d'autant l'espace de Delanoë qui, du coup, se déchaîne contre son « amie » de Lille. « A force de s'en prendre à Aubry, on ouvre un boulevard à Royal », déplore pourtant un proche du maire de Paris. D'où le vent d'optimisme qui flotte dans le camp de la présidente de Poitou-Charentes.
« On ne se sent pas du tout challenger », assure crânement Assouline. Il reste quinze petits jours à Delanoë pour remonter la pente.